





















Le film nous fait entrer dans un interstice fragile, au coeur de la Maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis où la chorégraphe Emmanuelle Rigaud anime chaque semaine un atelier de danse orientale. Pendant un peu plus d’un an, la réalisatrice a filmé un moment singulier de la vie carcérale, encadré par des règles (horaires, contraintes et interdits).
Dans ce temps limité, les femmes font naître un mouvement qu’il faut prendre le temps de voir. Par la danse, elles ouvrent un espace où elles s’inventent un nouveau corps et créent pour elles-mêmes une forme de liberté. Mais comment passer d’un corps contraint à un corps dansant…
Musique originale Abdelhadi El Rharbi
Image Chrystel Jubien
Montage Chrystel Jubien et Cécile Lapergue
« Passer sept portes et traverser un monde suspendu pour « aller voir ». Des femmes enfermées, les unes à côté des autres, dans une solitude à plusieurs,
dans une proximité des corps ; la peau, le souffle, un mélange de sueurs, de larmes, d’air rance… Passer sept portes pour entrer dans cette salle polyvalente à
la forme hexagonale, dotée de fenêtres verticales en forme de meurtrières.
C’est là qu’Emmanuelle anime depuis vingt ans l’atelier de danse orientale. Elle parle de son travail avec les femmes en prison comme quelque chose de
minuscule. Je suis partie de ce minuscule, qui se cache dans les plis du corps dansant. Depuis leur corps du « dedans », lourd et sous contraintes, elles parviennent
parfois à créer un espace intime, pour elles-mêmes. Elles ouvrent une brèche… Puis tout se referme. Elles repartent en cellule. Reste le souvenir de ces femmes
poussées vers elles-mêmes par le tremblement de la danse.
Une expérience sensible de la danse et du cinéma en prison
Dans l’atelier danse, les femmes se découvrent autrement, elles partagent une expérience différente du reste des activités carcérales (travail, cours, sport).
Non seulement un groupe de danseuses plus fidèles se forme autour d’Emmanuelle, mais la danse amène aussi les femmes à se regarder, ou à se toucher dans certaines chorégraphies. Amélie me confie qu’elle a souvent un réflexe de répulsion à cause de la promiscuité dans laquelle elles vivent. A part au « mitard », elles ne peuvent trouver un seul moment de solitude. (…)
Emmanuelle donne des indications corporelles : « Les hanches, les bras, les jambes, les pieds, le bassin… Ouvrez ! Fermez ! Demi-pointes, marchez !
Léger, le corps est léger ! ».
Elle décompose les parties du corps par des mots, et tout en les nommant, elle les reconnecte entre elles par l’énergie et le mouvement commun des corps.
Emmanuelle est le lien qui rassemble les femmes. Ainsi au sein de l’atelier, naît doucement unenouvelle sororité.
Extrait du journal de tournage



